Le fléau termites

Amis des forêts mais ennemis des maisons !

Les forêts des zones tempérées de la France (les Charentes, le Sud-Ouest, le Roussillon, la côte d’Azur), sont le milieu naturel des termites. Depuis des siècles, les termites y contribuent à l’équilibre écologique : elles se nourrissent des bois morts et nettoient efficacement les forêts des vieilles souches, des branches cassées et autres débris végétaux. En milieu naturel, les termites ne s’attaquent pas aux arbres sains, car ceux-ci sécrètent des toxines qui les protègent.

Tout irait bien si ces insectes ne s’étaient pas un jour aventurés hors de leur habitat forestier naturel pour aller envahir des constructions, et en grignoter les parties en bois (charpentes, boiseries, huisseries, etc.). Les dégâts causés depuis quelques dizaines d’années par les termites, non seulement dans des bâtiments en milieu rural, mais aussi dans des habitations en zone urbaine, sont considérables.

Nature des dégâts

Contrairement à une idée reçue, les termites ne se nourrissent pas que de bois, mais de toute matière cellulosique. Ils sont donc des ravageurs potentiels des meubles, des huisseries, des plinthes, des charpentes et des doubles cloisons en bois, mais aussi des livres et des cartons (ils raffolent donc des archives). Logique, mais plus surprenant, ils peuvent aussi s’attaquer à des objets en plastique cellulosique (bioplastiques) :

Les bois attaqués par les termites ne présentent pas de symptômes visibles de l’extérieur. Lorsqu’un termite transperce leurs enveloppes (partie superficielle du bois, papier peint ou peinture), il s’empresse en effet de reboucher cette orifice avec un mélange de salive et de déjections. Il n’y a donc aucun rejet de sciure qui pourrait signaler sa présence. Il ne reste qu’une petite tâche brune de la taille d’une tête d’épingle. Lorsque que l’on s’aperçoit des dégâts, il est souvent trop tard !

A l’intérieur, le bois est consommé en lamelles, dans le sens des fibres :

Leur quête perpétuelle de nourriture peut amener les termites à dégrader d’autres matériaux tels que le plâtre, les isolants comme le polystyrène, et les gaines plastiques des réseaux techniques, qu’ils transpercent afin de continuer leur prospection. Si leur quête est infructueuse et qu’ils sont contraints de se déplacer à l’air libre alors qu’ils détestent la lumière, ils sont capables de construire des tunnels pour s’en protéger, ou plus étrange, des sortes de « stalagmites » pour se déplacer verticalement ! Ces constructions sont appelées des cordonnets :

L’ampleur du fléau

invasion-des-termites-en-franceDans les années 1950, les infestations de termites étaient limitées aux seules régions côtières du sud-ouest et au bassin méditerranéen. Mais en 25 ans, les infestations se sont progressivement propagées vers le centre et le nord de la France. Aujourd’hui, elles continuent toujours à se propager, vers le nord et l’est de la France, si bien qu’on dénombre actuellement plus 50 départements touchés par le fléau.

legende-invasion-des-termites

A l’extension du fléau, il y a plusieurs explications :

  • l’utilisation de bois à la fibre peu résistante, comme le pin,
  • le meilleur chauffage des maisons,
  • le transport des matériaux de construction et de gravats d’une région à une autre,
  • la capacité de « bouturage » des termites (quelques individus suffisent à créer une nouvelle colonie).

Dans le Var, la situation est préoccupante, en témoigne cette carte des communes infestées, publiée sur le site web de la préfecture en 2013 (Le Var et les termites), il y a donc 4 ans déjà … :

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Conclusions

Face à l’ampleur du fléau termites, une association regroupant une trentaine de villes s’est constituée au début des années 1990 : c’est l’Association des villes pour la lutte contre les insectes xylophages et les termites en particulier. Elle a proposé un projet de loi pour lutter les termites qui a été soumis au Sénat dès 1992.

C’est ainsi que 7 ans après, grâce au soutien du législateur, qui qualifia le phénomène d’invasion de grande ampleur, et grâce à des travaux initiés en 1997 par le Sénat, la loi 99-471 du 8 Juin 1999, tendant à protéger les acquéreurs et propriétaires des immeubles contre les termites et autres insectes xylophages, a été adopté le 26 Mai 1999 par l’Assemblée Nationale. Elle est parue au Journal Officiel numéro 132 le 9 Juin 1999, à la page 8438.

Les principales dispositions de cette loi sont :

  • séparation des fonctions d’expertise et de traitement ;
  • protection des acquéreurs immobiliers, par l’information ;
  • cartographie du problème ;
  • pouvoir d’intervention des maires ;
  • mesures fiscales pour les travaux de traitement.

Les collectivités locales, ont pris conscience de la progression du phénomène et du manque d’informations des particuliers, et ont réagi. Dans certaines régions, comme le Sud-Ouest, la Vendée, les Charentes ou l’Ile de France, de nombreuses communes ont pris des arrêtés municipaux visant à informer la population et à favoriser la prévention. Des arrêtés préfectoraux ont aussi été pris par certains départements, dont le Var qui a publié un arrêté délimitant les zones contaminées par les termites en 2001 (Arrêté préfectorale du 26 octobre 2001 et arrêté complémentaire de 2002). Certaines de ses communes, comme Sainte Maxime, ont publié des arrêtés réglementant la lutte contre les termites.

De leur côté, les professionnels ont peu à peu réalisé l’insuffisance des moyens de lutte mis en oeuvre et se sont progressivement tournés vers de nouveaux procédés de traitement, plus efficaces, et respectant aussi les exigences en matière de protection de l’environnement.